Acteurs du projet européen

Un moment favorable : la session 2020 de l’IT de Belgique-France-Luxembourg

1er décembre 2019 : première réunion de l’équipe de préparation de la session 2020, à Bruxelles. À partir des évaluations de la session de Vesdun 2019, de l’intérêt exprimé pour l’Alsace et du principe de garder un lien entre le thème abordé et le vécu local, au bout d’une longue discussion ce thème est retenu : « Croyants et citoyens en Europe aujourd’hui : où voulons-nous aller ? », avec le souhait de faire dialoguer nos acquis chrétiens avec le projet européen dans son histoire et son évolution actuelle.

Un voyage exploratoire à Strasbourg plus tard, nous sommes à la mi-février, un lieu est trouvé et le sujet davantage défini : l’Union européenne nous a procuré un espace de paix et de liberté. Aujourd’hui, les crises migratoire, écologique et de la démocratie mettent à mal le projet européen et certains sont tentés par le repli. Comment pouvons-nous, croyants, être acteurs du projet européen ?

Et puis nous nous sommes tous retrouvés confinés, masqués, sidérés : la crise du COVID-19 faisait irruption dans le quotidien de l’humanité et, en passant, mettait à mal notre projet. Les mesures adoptées par nos gouvernements respectifs, le bon sens et la cohérence nous ont imposé mi-avril d’annuler la session à Strasbourg. Mais les questions que nous nous posions demeuraient de la plus grande pertinence : comment, croyants et citoyens confinés en Europe aujourd’hui, pouvions-nous être encore acteurs du projet européen ? En quoi l’Évangile pouvait-il contribuer à la reconstruction d’une Europe et d’un monde post-pandémie ? Et surtout, quelle était notre espérance pour notre continent dans un monde dont la pandémie mettait en évidence l’urgence de changement ? Que faire alors pour entretenir les liens qui nous unissaient et ne pas renoncer à nous ressourcer ensemble, malgré le virus…

Quelques semaines plus tard, la proposition d’une session composée de cinq rendez-vous virtuels, chaque vendredi du 24 juillet au 21 août, a été lancée, pour parler des réussites, crises et défis de l’Europe ; de comment se faire prochains derrière ses masques ; d’Évangile et construction européenne ; du passage du ‘je’ au ‘nous’ alors que les tentations du repli sur soi sont partout ; de notre espérance et notre implication pour notre continent. Et on s’y est mis, sans savoir au juste en quoi on s’était embarqués.

Plus de cinquante personnes se sont inscrites, non seulement de nos trois pays, mais aussi d’Allemagne, d’Angleterre ou d’Espagne. Les cinq soirées ont connu chaque fois une participation de 20 à 30 personnes en direct. D’autres ont profité de la rediffusion en streaming sur YouTube ou des enregistrements disponibles sur le site dédié. Ensemble, avec aussi des apports extérieurs, nous avons pu réfléchir aux problématiques que la situation inouïe mettait en lumière et à leur nature de kairos, de « moment favorable » à saisir pour amorcer toute sorte de changements nécessaires : dans notre quotidien, dans la vie en société, dans la gestion du politique, dans nos façons de célébrer…

De l’aveu de ceux qui avaient organisé d’autres sessions, celle-ci a été plus exigeante à porter que d’habitude : si la présence en mode virtuel a permis tout de même qu’on se rencontre, cela a été au prix de moins de souplesse pour faire face aux imprévus, moins de spontanéité dans les interactions avec les participants, moins de convivialité (la bodega virtuelle n’a pas le même goût de la « vraie »…). Mais on l’a réalisée notre session 2020…

Pour nous, l’équipe, construire et réaliser la session nous a finalement permis de traverser la pandémie, de mieux encaisser ses conséquences et d’ensemble rebondir, au lieu de seulement subir la menace inconnue et omniprésente. Faire cette session, ça a été d’abord faire équipe, vivre entre nous le passage du « je » au « nous », aussi bien dans la distanciation assumée grâce au virtuel que dans les quelques rencontres réelles glanées par moments. Aurions-nous finalement saisi le kairos ?